BREXIT OU PAS BREXIT

Article écrit par MPierre Ch.

Brexit

Le premier ministre britannique Theresa May s’efforce depuis deux ans de faire aboutir le dossier de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (BREXIT : British Exit).

À un mois de la date butoir effective du BREXIT, l’option “DEAL” (accord du retrait) ou “NO DEAL” (rupture des relations) n’est toujours pas confirmée. La dirigeante britannique est toujours en négociation avec ses homologues européens et en confrontation avec son gouvernement.

C’est une croisade que livre la dirigeante britannique, avec des enjeux lourds de conséquences pour le Royaume-Uni et les autres.

La croisade de Teresa May

Depuis son accession au siège de premier ministre en juillet 2016, on assiste au combat solitaire de Theresa May face aux membres de l’Union Européenne et  de son gouvernement.

Le premier ministre britannique avait difficilement réussi à trouver un accord sous conditions avec la Commission Européenne fin novembre 2018. En janvier 2019 Theresa May avait dû affronter le rejet de ses propositions par une grande partie de son gouvernement et du parlement. Elle a dû essuyer plusieurs démissions qui l’ont placée dans une situation d’illégitimité de représentativité.

Quels sont les principaux points d’achoppement du BREXIT ?

Une lourde facture à payer

Le Royaume-Uni a l’obligation de régler une lourde indemnité financière pour son départ de l’Union Européenne (plus de 60 milliards d’euros).

Cela a fait l’objet d’âpres négociations par Theresa May tant au sein de la commission européenne que celui du gouvernement britannique.

Un compromis a été trouvé : les Britanniques n’auraient pas à régler toute la dette immédiatement. Une partie serait versée en 2020 et le restant serait étalé sur 45 ans.

Il est surprenant de constater que le Royaume-Uni avait complètement occulté de son plan de sortie la condition financière obligatoire.

Un plan de sortie incomplet et menaçant

Les propositions successives de la dirigeante britannique avaient été rejetées par les 27 membres de l’Union Européenne.

Ils avaient jugé notamment que son plan de sortie présentait de nombreuses lacunes sur le cadre économique et menaçait l’intégrité du marché européen.

Le BREXIT impliquerait une absence de liberté de circulation pour les personnes et les marchandises et donc un retour aux frontières.

Une frontière inacceptable

Lors du référendum de 2016, l’Irlande du Nord avait signifié à 56 % son souhait de rester dans l’Union Européenne. Ce qui signifierait une scission au sein du Royaume-Uni.

La matérialisation d’une frontière serait inacceptable, car elle raviverait une ancienne et meurtrière animosité.

Pour éviter cette situation, les membres de la Commission Européenne ont proposé un “filet de sécurité” provisoire (Basckstop) dans le cas d’un BREXIT “NO DEAL” : Un territoire douanier unique où la circulation des produits serait relativement libre et qui regrouperait l’Union Européenne et le Royaume-Uni. Celui-ci devrait appliquer le tarif douanier extérieur de l’Europe.

Les normes économiques, environnementales et sociales de l’Union Européenne devraient obligatoirement être maintenues .

Ces conditions ont été rejetées par le gouvernement britannique sans apporter de solution.

Un rocher de 7 km² convoité

GIBRALTAR est l’objet de la convoitise hispanique depuis 300 ans.

L’Espagne a revendiqué un statut de négociateur en parallèle de l’Union Européenne et du Royaume-Uni pour ce rocher de 7 km². À défaut il menace le blocage de l’accord du BREXIT.

Au fil du temps le BREXIT ressemble à une souricière. La menace de l’équilibre fragile des systèmes installés depuis plusieurs décennies se fait de plus en plus précise.

Les conséquences du BREXIT

Qu’il soit DEAL ou NO DEAL, les conséquences à court et long termes du BREXIT n’ont pas semblé être évaluées lors de la proposition du référendum.

C’est une menace financière et économique britannique intérieure et extérieure.

La menace financière

Les régulations financières qui lient les grandes institutions britanniques et européennes sont complexes et existent depuis 40 ans.

Le BREXIT va restreindre les échanges de données britanniques et européennes.

La stabilité financière risque de basculer avec le BREXIT et laisse entrevoir le spectre d’une crise semblable à celle de 2008.

Le secteur financier est la première source d’exportation et de recettes fiscales du pays.

Avec le BREXIT, le Royaume-Uni perdra son passeport financier lui permettant d’accéder aux marchés financiers européens. Le royaume britannique devra se conformer aux mêmes règles que le Japon ou les USA.

La livre sterling se maintenait depuis des années au-dessus de l’euro et du dollar. Depuis l’annonce du BREXIT la monnaie britannique a perdu de sa valeur. Les marchés financiers préfèrent se tourner vers l’or.

La City de Londres était la première place financière mondiale. Depuis 2018 elle est détrônée par Wall Street à New-York.

La disparition d’une attractivité

Des banques internationales comme HSBC ou même l’Autorité Bancaire Européenne ont déjà fui Londres préférant s’installer à Paris.

Plusieurs banques américaines dont la Bank of America vont les suivre dans les prochains mois.

L’attractivité que représentait le Royaume-Uni pour les investisseurs disparaît face à l’incertitude grandissante.

Des grosses sociétés ont quitté le sol britannique ou menacent de le quitter (AIRBUS, HITACHI, MERCEDES F1). L’industrie aérospatiale ainsi que pharmaceutique sont impactées : rupture du contrat participatif au projet satellite GALILEO, départ de l’Agence Européenne des Médicaments.

Cet exode du sol britannique entraîne la perte massive d’emplois dans plusieurs secteurs (plusieurs milliers). On assiste aussi à une désorganisation des secteurs économiques.

Un appauvrissement programmé

Le secteur des services représente 79% de l’économie britannique et 83 % de la population résidant sur le sol anglais est employée. Londres représente plus de 23 % de l’activité du pays.

Le Royaume-Uni va affronter au niveau national, avec le départ des grandes institutions bancaires et des grosses sociétés, une hausse du chômage et un effondrement de l’activité économique.

Les produits d’exportation vont subir une hausse importante lié aux taxes douanières.

Les plus démunis de la population vivent actuellement à crédit pour pourvoir à leurs besoins essentiels. La situation future renforcera cette situation et entraînera les classes moyennes dans le surendettement et la pauvreté.

Depuis plusieurs mois on assiste à une carence d’employés dans le secteur agricole, de la restauration et l’hôtellerie. L’annonce de l’obligation de visa et du durcissement des contrôles frontaliers a freiné la continuité de l’immigration de la main d’oeuvre nécessaire.

Difficulté de circulation des personnes et des biens

Des conditions devront être remplies par les expatriés continentaux désireux de rester au Royaume-Uni. La difficulté de circulation s’appliquera aussi aux joueurs de football. Ils devront répondre à certains critères pour pouvoir rester jouer sur le sol britannique.

Les contrôles des visas aux futures frontières vont entraîner une difficulté de circulation pour tous les moyens de transport (avions, Eurostar, camions). Ils devront subir un contrôle de sécurité autant du côté britannique que continental.

Le temps passé par les douaniers sur chaque passeport nécessitera du temps et empêchera la fluidité des passages (plus de 10 millions d’usagers d’Eurostar par an).

La licence permettant à Eurostar de rouler sur le continent pourrait disparaître en cas de non accord du BREXIT.

Avec un BREXIT “NO DEAL” les aéroports du continent perdraient une grande partie de leur marché aérien, car les connexions actuelles avec les aéroports britanniques n’existeraient plus.

L’éditorialiste sur BFM Business Emmanuel Lechypre observait “On s’est trompé de diagnostic. Le BREXIT ce n’est pas un infarctus ou un AVC, c’est un cancer.”

Finalement quel(s) sont les avantages du BREXIT ?

Sincèrement, je n’en vois aucun. Si un seul : être isolé du monde.

Nous pouvons nous permettre de nous questionner sur la motivation de ce référendum qui est  controversé maintenant.

Avait-on clairement expliqué aux électeurs britanniques tous les enjeux et l’ensemble des conséquences du BREXIT?

Je pense que non. Ils n’ont vu qu’un frein à un afflux d’immigrés que l’Union Européenne n’a pas su correctement gérer depuis 2010.

Les personnes qui ont fait campagne pour le “Leave” ont appuyé sur un sentiment exacerbé des classes moyennes et des démunis. Elles ont joué avec le populisme ambiant.

Ce qui est dramatique c’est d’imaginer que peut-être un soir dans un club privé un groupe de personnes issues de l’élite londonienne a pu délirer sur le retour de l’ère de l’empire britannique d’avant l’Europe. Il se serait servi des électeurs pour arriver à ses fins.

Le pire serait l’acharnement de Theresa May à administrer à des millions de personnes  un poison comme le BREXIT.

Le président du Conseil Européen lui avait dit en 2018 qu’elle pouvait revenir sur ce départ.

Il vaut mieux reconnaître une erreur et se conduire en adulte responsable qu’écouter son égo et s’entêter tel un enfant.

Et si elle proposait  NO BREXIT qu’en pensez-vous ?

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1 thought on “BREXIT OU PAS BREXIT

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